Conférence « Douane 2030 » – le 23 avril 2026, École militaire
par Gil Lorenzo, directeur général adjoint des Douanes au ministère des Finances.
Face à une audience de 70 participants, le conférencier, Gil Lorenzo a évoqué, notamment au travers du projet « Douane 2030 », l’adaptation de l’administration des douanes à l’évolution rapide des flux licites et illicites, et les enjeux de la modernisation de la douane française, face aux défis que constituent la massification des échanges, le renforcement des organisations criminelles et l’instrumentalisation des tarifs douaniers, dans un monde qui va d’une crise internationale à l’autre…
La conférence a été ouverte par Coralie Noël, présidente de l’AR 16 qui, en accueillant le conférencier et ancien auditeur (20e session nationale « Intelligence économique »), a souligné que cette conférence sur l’action de la douane participe de la réflexion sur les enjeux de défense globale.
Vice-président de l’AR 16, et ayant sollicité notre conférencier du fait d’une appartenance commune à la « même maison », Yvan CHAZALVIEL s’est réjoui du succès de cette conférence réunissant 70 participants, mais également de leur diversité, actifs et retraités, non seulement des membres de l’AR 16 IHEDN, mais aussi de l’AR 21-Versailles, de l’ANA-SJ, des anciens HEC, des Jeunes-IHEDN, de l’IHEMI, et des membres des associations de l’ONM et des Palmes académiques…
Il a ensuite, présenté la carrière du conférencier au sein de la douane : la variété des postes occupés illustre, elle aussi, la diversité des missions de la douane. En effet, né en 1959 en Île-de-France, après de solides études d’économie à Paris X Nanterre, Gil Lorenzo a rejoint la douane en 1984 et son cadre supérieur en 1995. Il est un grand témoin de 40 ans d’histoire de la douane française, au sein de laquelle il a occupé plusieurs postes stratégiques, alternant entre les services de la direction nationale des enquêtes douanières (DNRED), l’administration centrale (chargé de mission « aide aux grandes entreprises », chef du bureau de la politique des contrôles, sous-directeur des affaires contentieuses et de la lutte contre la fraude) et les services territoriaux (directeur régional à Lille puis interrégional d’Île-de-France). Il occupe, depuis septembre 2025, les fonctions de directeur général adjoint des douanes… qu’il a quittée la semaine suivant cette conférence pour une retraite bien méritée. Merci à lui de nous avoir réservé l’une de ses dernières interventions publiques.
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EN SAVOIR PLUS
5 000 ans d’une rapide histoire douanière
Située au croisement des enjeux de sécurité, de régulation des échanges et de protection de nos intérêts économiques, la douane française joue un rôle essentiel dans le contrôle des marchandises en frontière mais aussi dans la lutte contre les trafics de toute nature. Elle se présente comme une administration de défense économique, fiscale, du territoire, du citoyen et du consommateur.
Les premières traces d’une administration douanière coïncident avec l’apparition des grandes cités (3500 av J.C), matérialisées par des tablettes d’argile sumériennes indiquant l’entrée, la sortie et la taxation de grains. La douane s’avère rapidement l’instrument de régulation économique du pouvoir politique, qu’il soit selon l’époque protectionniste ou libre échangiste. Franchises et taxations accompagnent la création de foires saisonnières ou centres d’échange.
Colbert s’affirme comme le premier « ministre douanier », mettant en place un important corpus règlementaire, dont l’application est confiée à la Ferme Générale. Entreprise privée, gérée par les Fermiers généraux, elle assure à ferme la perception des impôts pour le Roi et se rémunère sur l’excédent qu’elle en a dégagé. Le plus impopulaire d’entre eux, la gabelle, vaudra aux employés, répartis dès le XVIIè siècle entre bureaux de perception et brigades de surveillance, le sobriquet de « gabelous ».
La révolution française, qui commence par une révolte fiscale, verra le 23 avril 1791 la création de la régie nationale des douanes, avec la nationalisation de la Ferme générale, la suppression des barrières fiscales entre provinces et la mise en place d’un tarif douanier extérieur unique. Remarquons que cette création suit de deux mois celle de la gendarmerie nationale, car, s’il faut des gendarmes pour maintenir l’ordre, il faut aussi des ressources fiscales pour les solder.
Accompagnant l’expansion territoriale, la douane impériale comptera jusqu’à 35 000 douaniers répartis sur 130 départements et chargés d’appliquer le blocus continental des marchandises anglaises. Elle est pourvue d’un statut militaire qui la fait participer aux conflits de 1870-71 puis de 1914-18 (27% de pertes) et enfin de 1939. Si le statut militaire des brigades est supprimé après l’armistice de 1940, de nombreux éléments symboliques (drapeau du corps, grenade et cor de chasse, bande rouge sur le pantalon…) en entretiennent le souvenir.
Loin de disparaitre avec la suppression des frontières intérieures de l’Union européenne, la douane reste un acteur majeur de la construction européenne avec la mise en place d’un tarif douanier commun à la frontière extérieure de l’UE ainsi que d’un code des douanes européen. La décision européenne d’implanter en 2028 à Lille la nouvelle Autorité douanière européenne (EUCA) chargée de traiter les milliards de données collectées par les douanes de l’UE et d’en coordonner les contrôles dans les 27 États membres constitue un véritable succès de la diplomatie douanière française.
Les atouts de la douane dans un monde qui change vite
Police des marchandises, la douane, avec 16 500 agents (48 % de la branche surveillance) a procédé à des saisies notables de stupéfiants (111 tonnes) et de tabac de contrebande (489 tonnes).
Elle dispose de services présents sur l’ensemble du territoire :
- d’un service de renseignement appartenant au 1er cercle (direction du Renseignement et des Enquêtes douanières-DNRED),
- d’un office national anti-fraude (ONAF) comptant 230 officiers judiciaires,
- d’une direction nationale garde-côte (DNGCD) pourvue de moyens maritimes et aériens (avions, hélicoptères, drones),
- de laboratoires communs avec la direction générale de la Consommation, de la Concurrence et de la Répression des Fraudes,
- d’un code des Douanes recodifié depuis le 1er mai 2026 et enfin d’un réseau de 20 attachés douaniers couvrant 86 pays.
Confrontée récemment à trois crises majeures (BREXIT, COVID, Ukraine), elle a dû dans l’urgence :
- remettre en place une frontière avec le Royaume-Uni permettant de traiter sur le plan douanier, sans ralentissements, un flux de 6000 camions/jour,
- assurer l’acheminement de millions de masques et contrôler leur conformité aux normes UE,
- mettre en place l’embargo des marchandises russes.
Les nouveaux défis : une massification des échanges que l’on ne peut ralentir pour des contrôles traditionnels
Le principal défi est la massification des flux de commerce licites et illicites. Les flux de e-commerce explosent littéralement, passant de 110 à 775 millions d’envois entre 2022 et 2024. Elle affecte également les flux portuaires et l’avalanche de cocaïne est qualifiée de « tsunami blanc ». L’instabilité géopolitique se traduit par plusieurs conflits majeurs ayant une incidence directe sur les flux de marchandises (Ukraine, détroit d’Ormuz…). Des organisations criminelles très réactives et agressives tentent de profiter de la situation.
Le monde s’accélère et même le temps court peut être affecté par de grands bouleversements. La réponse, déployée à travers le projet « Douane 2030 », passe par l’affirmation de la douane comme première ligne de défense économique, la reprise de l’avantage sur les fraudeurs, avec un large recours aux techniques de visualisation par scanners fixes, mobiles et dans les centres postaux, ainsi qu’à l’intelligence artificielle pour l’exploitation des données. Enfin, il prévoit de renforcer l’attrait de la douane pour les personnels, dont la formation sera renforcée.
La réserve douanière, issue d’une loi de 2023 et qui devrait être mise en place à partir de la fin 2026 pourra fournir à terme un appoint en personnel non négligeable. Nul doute qu’elle intéressera nombre de membres de nos associations.
En conclusion, rappelons que la douane est l’administration de l’urgence. « Administration structurellement conjoncturelle », elle est habituée à apporter des réponses dans l’urgence. Faut-il encore qu’elle dispose des moyens matériels et humains nécessaires. Prolongeant les renforcements récents de la capacité douanière de détection, « Douane 2030 » offre la possibilité d’aller plus loin.
Yvan Chazalviel, vice-président de l’AR16,
directeur des services douaniers,
attaché douanier régional à Berlin (2015 à 2021)
NB
Cette conférence fait suite à un dîner-débat, organisé par notre partenaire l’Association nationale des auditeurs – Sécurité et Justice (ANA-SJ) au Sénat, le 6 février 2025 avec Jean-François Dutheil : le précédent directeur général des Douanes avait présenté les grands enjeux de la douane aux membres des deux associations.
Pour approfondir les thèmes évoqués par l’orateur, il est possible de consulter les liens ci-après :
1) La douane : son histoire et ses symboles
https://www.douane.gouv.fr/la-douane/qui-sommes-nous/histoire-de-la-douane-francaise
https://www.douane.gouv.fr/la-douane/qui-sommes-nous/insignes-et-symboles-de-la-douane-francaise
2) La douane : ses missions
https://www.douane.gouv.fr/la-douane/qui-sommes-nous/les-missions-de-la-douane-francaise
3) La douane : son organisation
4) La douane : ses moyens, ses méthodes, ses valeurs
5) Bilan de la douane 2025
https://www.douane.gouv.fr/actualites/les-resultats-de-la-douane-francaise-pour-lannee-2025
https://www.douane.gouv.fr/sites/default/files/2026-02/19/Bilan_Douane_2025.pdf
6) Actualités : EUCA (autorité douanière européenne) et la recodification du code des douanes national
7) Projet « Douane 2030 »






