Conférence de Xavier Raufer sur “impact de la Covid sur la criminalité” en visioconférence le mercredi 28 octobre 2020

Conférence de Xavier Raufer 
L’impact de la Covid sur la criminalité
le mercredi 28 octobre en visioconférence
Regardez la vidéo de la conférence ICI

X. Raufer a introduit son exposé en soulignant que le monde de la criminalité était celui de la clandestinité et de l’immédiateté : pour ne pas se faire prendre, il faut agir de manière imprévisible, éviter les routines, et les alliances de long terme.

Le confinement du printemps dernier en France, situation totalement inédite, a eu des répercussions sur toutes les formes de criminalité. Il correspond à une « mise sous cloche » de la vie sociale similaire à un protocole expérimental. Il a, ainsi, permis de confirmer des hypothèses sur les principes de fonctionnement du monde de la criminalité.

La criminalité de voie publique a été très affectée car il est devenu très difficile de ne pas se faire repérer dans les rues vides des villes grandes ou moyennes, toutes équipées aujourd’hui de caméras de vidéosurveillance. Sur l’ensemble du territoire français métropolitain, cette criminalité a reculé de 50 à 70%. Cependant, les milieux criminels se sont adaptés : après une phase de sidération en mars/avril, un rebond a été observé en mai/juin.

De la même manière, les grands trafics (stupéfiants, humains, armes ou produits dangereux contrefaits) qui se dissimulent habituellement dans l’ensemble des flux internationaux sont devenus plus visibles. Ainsi le trafic de cocaïne entre le Nord de l’Amérique latine et l’Europe qui existe depuis plus de 30 ans, via les vols de passagers, a dû basculer vers le transport maritime et on a vu arriver des cargaisons dans les grands ports d’Europe du Nord, comme Le Havre en France, avec son lot de règlements de compte.

Concernant la criminalité dans les cités, le confinement a permis tout d’abord de vérifier que le risque d’une insurrection générale, souvent évoqué dans les médias, n’avait aucune réalité. Les quartiers sont contrôlés par des bandes de voyous rivales qui luttent pour leur territoire à coup de règlement de compte et n’ont aucune velléité d’unir leurs forces pour se révolter.

Par ailleurs, il se confirme que les trafics de drogue font vivre une économie souterraine conséquente dans les cités. Les gains générés par ce trafic sont énormes. Pour une livraison saisie, il est de notoriété que 6 ou 8 autres passent, qui financent largement la perte de la saisie. A titre d’exemple, une cargaison de 3 tonnes de cocaïne saisie à Marseille, en février 2020, revendue par lots de 300 kg à des semi-grossistes qui avaient préfinancés la commande, puis par lots de 30 kg et ainsi de suite jusqu’à la vente de doses dans la rue à 40 €, a généré un chiffre d’affaires pour le semi-grossiste de 70 à 100 millions d’euros avec un bénéfice de 70% environ.

Il est peu probable que le confinement engendre une augmentation du nombre de criminels dans les quartiers du fait d’une pauvreté accrue car d’une part, l’économie souterraine détient des réserves financières importantes qui lui permettent de soutenir la vie économique locale et d’autre part, la population souffre de cette situation et tend globalement à se désolidariser.

Le confinement a également créé des conditions très favorables aux cybercriminels qui ont profité de la naïveté des gens pour multiplier les tentatives de pénétration dans les systèmes d’information des entreprises, d’arnaques et offres alléchantes de placement.

Interrogé, en conclusion, sur ce qu’il fallait attendre du second confinement, X. Raufer prévoit des impacts similaires avec une phase d’effondrement suivie d’une recrudescence de la criminalité sous des formes adaptées.

Élisabeth Massonnet

La physique expérimente sous “cloches à vide” : par exemple la propagation du son. Méthode inaccessible aux sciences humaines, surtout à échelle planétaire. Un pays entier – Un continent même, sous “cloche à vide “? Les artères, espaces urbains ou ruraux d’un pays ; ses côtes et mers, vides d’hommes, soixante jours durant ? Impossible. Or le confinement du printemps 2020 l’imposa à la moitié de la planète. Inouï : la France n’a jamais rien subi de tel – sauf au début de l’occupation allemande (juin-juillet 1940). Immense et inespéré laboratoire, ce monde “sous cloche” a permis de riches observations notamment en criminologie. Tel sera le thème de la conférence.
  • Docteur en géographie/géopolitique, Université Paris-Sorbonne (spécialité : géopolitique de l’illicite)
  • Master en histoire contemporaine, Université de Marne-la-Vallée

CNAM – Conservatoire national des Arts & Métiers – Pôle sécurité-défense
Master national de criminologie : directeur de recherches

CHINE & ÉTATS-UNIS

  • Fu Dan University – Shanghaï, PRC – Associate professor, International studies – research
    institute on terrorism [Un peu en panne depuis début 2020…]
  • George Mason University (Washington DC) : Associate professor & Senior fellow,
    Terrorism, transnational crime and corruption center (TraCCC)

Edition-publications

  • Rédacteur en chef de la revue Sécurité Globale et directeur de la collection éponyme.
    Auteur de (depuis 2011) :

Ouvrages de l’auteur jusqu’à 2011 : site www.xavier-raufer.com

  • Le crime mondialisé – Éditions du Cerf – 2019
  • Cyber-criminologie – détecter, analyser, traiter – CNRS-Editions, 2015
  • Géopolitique de la mondialisation criminelle – Presses Universitaires de France, 2013
  • Les nouveaux dangers planétaires – chaos mondial, décèlement précoce – CNRS-Editions, 2009 (Biblis, édition de poche, février 2011) – Ouvrage couronné par l’Académie française

Médias
Chroniqueur : Atlantico