Mars 2017, L’Euphrate par M. Aède ALMHANA

Lieu d’accueil de civilisations antiques grandioses, la Syrie modèle son territoire autour de l’Euphrate, qui la traverse du Nord- Ouest au Sud-Est, qui a joué un rôle politique, économique, culturel et artistique important et qui représente une source archéologique et historique majeure. Ce fleuve a constitué une frontière entre deux empires (romain, puis byzantin à l’Ouest, parthe, puis perse à l’Est), même si les frontières se sont déplacées d’un côté ou de l’autre du fleuve, qui est un «point de repère» matérialisé par un ensemble de villes limitrophes. Lieux sécurisés de stockage (nourriture et armes), étapes militaires, ces «villes-frontières» offrent la sécurité aux populations, et sont lieux de pouvoir, de contre-pouvoir, de rivalités politiques, voire de conflits entre communautés religieuses.
Alep, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986, est la plus ancienne ville habitée du monde, très importante à l’époque romaine, précocement christianisée, riche d’édifices paléochrétiens et musulmans.

Zénobia, fortifiée sous Justinien, maintes fois disputée, illustre la problématique de la guerre et de la paix entre empires byzantin et perse.

Palmyre, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1980, est la plus remarquable pour ses édifices romains. Au 3e siècle avant JC, son pouvoir s’étendait de l’Asie mineure à l’Égypte.

Douras-Europos est l’exemple exceptionnel de construction, suivant l’urbanisme grec, d’une cité autour de ses fortifications naturelles.

Aujourd’hui, il est significatif que Daech, dans un délire géopolitique de califat unifié, se soit établi sur l’Euphrate pour mieux nier cette barrière naturelle et en détruire les témoignages archéologiques. Des pans entiers de ce patrimoine de l’humanité ont ainsi disparu. A Alep, la vieille ville, son marché couvert, le plus grand du monde, et sa citadelle ont été touchés. A Zénobia une dizaine des tours funéraires ont été détruites, des fouilles clandestines ont été effectuées, comme à Douras-Europos, systématiquement pillée. Enfin, Palmyre a connu d’horribles et massives destructions (temples de Bêl et de Baalshamin, arc de Triomphe, Tetrastyle, tours et hypogées de la Vallée des tombeaux, dont Daech a fait des dortoirs après en avoir badigeonné les décors peints).

Devant une telle situation, nous devons nous montrer solidaires car nous sommes tous concernés.

Aède ALMHANA

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